Skip to main content

Un Marché qui Résiste Malgré les Turbulences

La “Nouvelle Normalité” : Quand l’Incertitude Devient la Règle

Depuis 2020, le marché des fusions-acquisitions fait face à une série de défis externes : forte inflation, hausse rapide des taux d’intérêt, tensions géopolitiques en Europe et au-delà, ainsi que des guerres commerciales mondiales exerçant une pression sur la dynamique économique.

Pourtant, loin de céder à la panique, les acteurs du marché ont développé une capacité d’adaptation remarquable. De nombreux participants se sont ajustés à cette nouvelle réalité où la volatilité tend à s’imposer comme règle générale, marquant l’émergence d’une “nouvelle normalité” visible sur l’ensemble du marché des fusions-acquisitions.

Des Chiffres Encourageants pour le Premier Semestre 2025

Au premier semestre 2025, le nombre de transactions est resté stable, avec 48% des conseillers interrogés déclarant ne constater aucun changement par rapport au second semestre 2024. Plus encourageant encore, 27% des professionnels ont enregistré une hausse du volume de transactions, dont 8% une forte augmentation.

Cette stabilité dans le segment des PME, traditionnellement moins sensible aux fluctuations macroéconomiques, témoigne d’une dynamique sous-jacente solide. Le marché présente ainsi une situation relativement stable malgré les incertitudes externes persistantes.

Évolution de la Taille des Transactions : Une Tendance Révélatrice

Le Repli vers les Petites Opérations

Au premier semestre 2025, le marché français des fusions-acquisitions de PME a connu une évolution marquée vers des transactions de plus petite taille. Les opérations d’une valeur inférieure à 2,5 millions d’euros ont représenté 48% de l’ensemble des transactions, soit une hausse de 7 points de pourcentage par rapport au second semestre 2024.

Parallèlement, les transactions supérieures à 10 millions d’euros ont chuté à 12%, soit une baisse de 4 points. Cette évolution reflète un ralentissement dans le segment supérieur du marché et une activité plus soutenue sur les petites transactions.

Ce Que Cela Signifie Pour Votre Entreprise

Cette tendance révèle plusieurs dynamiques importantes :

Pour les vendeurs de petites entreprises : Le marché reste actif et offre des opportunités de transaction, même dans un contexte économique incertain.

Pour les acquéreurs : La prudence reste de mise sur les opérations d’envergure, mais l’appétit pour les cibles de taille modeste demeure solide.

Pour les conseillers : L’accompagnement des transactions de moins de 5 millions d’euros représente désormais 70% du marché, nécessitant une expertise pointue sur ce segment spécifique.

Secteurs en Mouvement : Où Se Trouvent les Opportunités ?

Les Secteurs Porteurs du Second Semestre 2025

Le secteur Industrie & Production a été le plus fréquemment cité comme celui où une hausse du nombre de transactions est la plus attendue (37% des répondants), suivi par le Développement de logiciels (27%) et les Services informatiques (16%).

Cette confiance dans l’industrie manufacturière peut surprendre, mais elle reflète plusieurs tendances de fond :

  • La relocalisation industrielle : Le mouvement de réindustrialisation de la France crée des opportunités de consolidation et de croissance externe.
  • La transition énergétique : Les entreprises industrielles innovantes dans les technologies vertes suscitent un intérêt croissant.
  • La numérisation : L’intégration de l’industrie 4.0 valorise les acteurs qui maîtrisent ces transformations.

Les Secteurs Sous Pression

À l’inverse, le secteur Construction & Technologie d’installation a été le plus fréquemment cité comme celui où une baisse du nombre de transactions est la plus attendue (25% des répondants), suivi par le Commerce de gros (18%) et l’Automobile, Transport & Logistique (16%).

Comme le souligne Luc Farriaux, Associé gérant de FL Finance & Développement : L’automobile, ébranlée par le passage forcé à l’électrique et les politiques anti-automobiles reste fragile. La construction neuve, freinée par les maires réticents aux permis, traverse elle aussi une zone de turbulences. À l’inverse, le second œuvre et les métiers techniques tiennent bon, et même prospèrent.

Financement : Le Grand Défi de 2025

Un Durcissement Attendu des Conditions

Selon les réponses, l’accès au financement en France est resté globalement similaire à celui du second semestre 2024, avec 54% des répondants indiquant que la situation est demeurée inchangée. Toutefois, 35% déclarent avoir rencontré davantage de difficultés.

Plus préoccupant encore, pour le second semestre 2025, 47% des répondants s’attendent à une stabilité des conditions de financement, 37% à un accès plus difficile, 13% à une nette détérioration et seulement 3% à une amélioration.

Comment Anticiper Cette Évolution ?

Pour les dirigeants de PME envisageant une cession ou une acquisition, cette tendance impose plusieurs ajustements stratégiques :

Préparez votre dossier en amont : Un business plan solide, des états financiers irréprochables et des projections réalistes deviennent indispensables pour convaincre les financeurs.

Diversifiez vos sources de financement : Ne comptez pas uniquement sur le financement bancaire traditionnel. Explorez les options de crédit vendeur, de financement mezzanine ou d’apport de fonds propres.

Anticipez les délais : Les processus d’approbation bancaire s’allongent. Intégrez cette réalité dans votre calendrier de transaction.

Optimisez votre structure de bilan : Une entreprise avec un endettement maîtrisé et des fonds propres solides aura toujours plus de facilité à obtenir un financement.

Valorisations : Comprendre les Multiples Sectoriels

Un Multiple Moyen Stable à 5,25

Le multiple moyen d’EBITDA reste stable à 5,25, mais cette moyenne cache des disparités importantes selon les secteurs.

Les secteurs premium se distinguent nettement :

  • Développement de logiciels : 7,7
  • Services de santé & Produits pharmaceutiques : 7,5
  • Services informatiques : 7,2

Les secteurs traditionnels affichent des multiples plus modestes :

  • Commerce de gros : 4,1
  • Construction & Technologie d’installation : 3,8

L’Effet Taille : Un Facteur Déterminant

L’écart de multiple d’EBITDA entre les entreprises dont l’EBITDA normalisé est de 200 000 € et celles dont il atteint 10 000 000 € est de 2,9 (4 contre 6,9).

Cette différence s’explique par la “prime de petite entreprise” (Small Firm Premium), qui reflète les risques spécifiques aux structures de taille modeste : dépendance à des clients clés, concentration des compétences sur quelques personnes, volatilité accrue des résultats.

Implication pratique : Si votre entreprise génère un EBITDA de 500 000 €, vous pouvez espérer un multiple de 4,3, tandis qu’une entreprise comparable avec un EBITDA de 5 millions € pourrait prétendre à un multiple de 6.

L’Intelligence Artificielle : Le Nouvel Allié des Transactions

Une Adoption Accélérée

L’utilisation de l’intelligence artificielle dans les processus de fusions-acquisitions a connu une forte progression. Alors qu’au premier semestre 2023 seuls 9% des conseillers déclaraient utiliser régulièrement l’IA, cette part atteint désormais 21% au premier semestre 2025 — soit plus du double en deux ans.

Où L’IA Crée de la Valeur

L’IA est perçue comme particulièrement utile pour la recherche de marché (66% y voient une valeur ajoutée significative) et l’identification d’opportunités hors marché (49%).

En revanche, son rôle dans l’intégration post-fusion reste limité : 27% y voient une valeur significative, 36% une valeur ajoutée limitée et 37% aucune valeur ajoutée.

Notre expertise : Chez Dealsuite, nous intégrons l’IA dans nos processus de sourcing pour identifier plus rapidement les opportunités correspondant précisément à vos critères d’investissement ou de cession. Cette technologie nous permet de traiter des volumes d’informations considérables tout en maintenant la pertinence et la qualité de notre accompagnement humain.

Structures de Transaction : L’Art du Partage des Risques

Une Sophistication Croissante

Au premier semestre 2025, l’utilisation des clauses les plus courantes dans les transactions de PME françaises a fortement progressé. Les conditions suspensives se sont particulièrement démarquées : plus de 60% des répondants ont signalé une utilisation accrue.

Les garanties et indemnisations ont également fortement augmenté, un peu plus de la moitié des répondants ayant indiqué une application plus fréquente.

La Généralisation des Earn-Out

Comme le précise Grégory Edberg, Managing Partner de Leuwen : Dans les opérations de M&A sur le segment small et mid-cap, on observe une généralisation des mécanismes d’earn-out. Ceux-ci deviennent un outil privilégié pour concilier la valorisation espérée par les cédants et la prudence accrue des acquéreurs dans un environnement marqué par une forte instabilité macroéconomique et sectorielle.

Conseil pratique : Si vous envisagez de céder votre entreprise, acceptez l’idée qu’une partie du prix pourra être conditionnée aux performances futures. Une structuration intelligente de l’earn-out peut même valoriser votre entreprise au-delà de ce qu’un acquéreur accepterait de payer comptant aujourd’hui.

Dynamique du Marché : L’Équilibre Offre-Demande

Un Marché Sélectif

Le nombre moyen de parties intéressées par entreprise a diminué pour s’établir à 8 au premier semestre 2025 (contre 8,5 au second semestre 2024), ce qui reste néanmoins un niveau sain témoignant d’un marché actif.

Certains secteurs se distinguent particulièrement :

  • Services informatiques : 12,1 parties intéressées en moyenne
  • Développement de logiciels : 11,3
  • Industrie & Production : 11,2

À l’inverse, le secteur Automobile, Transport & Logistique n’attire en moyenne que 4,6 parties intéressées.

Ce que cela signifie pour vous : Dans les secteurs porteurs, vous pouvez vous attendre à une compétition significative entre acquéreurs, favorable à l’optimisation du prix. Dans les secteurs sous pression, un travail de préparation et de marketing de votre entreprise devient d’autant plus crucial.

Perspectives : Entre Optimisme Prudent et Réalisme

Un Sentiment Mitigé

Les opinions sur la performance du premier semestre 2025 sont partagées. Si 54% des conseillers se déclarent satisfaits des résultats, 46% en ont une vision plutôt négative.

Pour l’avenir, 53% des conseillers ont des prévisions positives pour le second semestre 2025, tandis que 47% se montrent moins optimistes.

Comme le résume Fabienne Hanras, Présidente et associée d’Eurallia Finance : Le marché reste inquiet et instable, notamment en ce qui concerne les risques géopolitiques. Cependant, Eurallia Finance reste optimiste sur l’année 2025, le nombre de mandats en cours étant en hausse (141 mandats contre 129 fin 2024) dont trois quarts de mandats de cessions sur le Small Cap.